Dominique Pichou 
Théâtres d'invention

PAR RAPHAËLE NALLET








Architecte de formation, peintre et scénographe de pratique et de métier, Dominique Pichou met aujourd’hui son outil de travail privilégié, la maquette, au service de ses rêveries utopiques : les Théâtres d’Invention. Une forêt d’arbres nus s’élève vers un ciel incertain, un crochet de métal balance doucement son mécanisme au-dessus d’une trappe béante, partout l’architecture s’allonge, s’incline, se déploie en de troublantes perspectives. Le temps semble s’être suspendu dans les écrous de ces machineries silencieuses.
Décors délicats sur de lourds piédestaux, les Théâtres d’Invention intriguent par l’énigmatique absence de figure humaine…le spectacle va-t-il commencer ou est-il déjà terminé ?
A en croire les titres et les symboles qui hantent ces oeuvres, il y serait question de mythologie. De Dédale et de son labyrinthe, ou d’Icare aux ailes fragiles, mais aussi, et surtout, d’une mythologie toute personnelle, chargée de l’expérience du scénographe, de son lien si étroit au théâtre et à ses rouages.

Le surréalisme

Dans l’esprit de Piranèse, dont il admire les Carceri d’Invenzione, ou d’Escher avec ses cages d’escaliers, Dominique Pichou se joue des échelles, au sens propre comme au figuré. Où mènent-elles vraiment ? Nul ne le sait, peut-être même pas l’artiste lui-même. Elles sont le cheminement, elles ouvrent la voie du passage du monde réel à celui de l’illusion.

L’illusion, la fiction

« Une fiction permet de saisir la réalité et en même temps ce qu’elle cache » disait déjà Marcel Broodthaers lorsqu’il entendait mettre au jour les engrenages du système artistique. Si la fiction que Dominique Pichou met en place est distillée dans ses décors imaginaires par son esthétique singulière, la réalité qu’il annonce est paradoxalement celle de l’illusion. Dans un élan magrittien il semble proclamer : « Ceci n’est pas le théâtre ». Car ces décors rêvés ne seront jamais investis par les comédiens et leurs tirades. Le charme ubuesque qui les habite nous rappelle qu’ils sont, comme le spectacle, les écrins d’un univers de simulacres et de chimères.